Apprendre le Dancehall chez soi sans prendre de mauvaises habitudes
Apprendre le Dancehall chez soi, sérieusement : plan hebdomadaire réaliste, échauffement, travail du bounce, genoux et erreurs à ne pas installer.
Par Kriptic7 min de lecture
L'essentiel de ce que tu danseras, tu le danseras seul. Ce n'est pas un défaut de ton apprentissage : c'est ton apprentissage. Un cours hebdomadaire te donne des corrections ; la pièce où tu répètes te donne des heures. Mais les heures sont neutres : elles installent ce que tu répètes, y compris ce que personne ne t'a encore dit d'arrêter.
Voici un plan pour la pièce que tu as vraiment : quelques mètres carrés, un téléphone pour le son, pas de miroir, personne pour te regarder. Trois heures par semaine, sur quatre séances. Cela ne fera pas de toi un danseur en un mois, mais à ta prochaine session, on te corrigera des détails au lieu de démonter tes fondations.
Commence par le sol, pas par le pas
Avant le premier compte, regarde par terre. Cela décide davantage de l'état de tes genoux que n'importe quel exercice de cet article.
Le Dancehall s'est construit sur du béton, sur de la terre battue, sur le bitume d'un coin de rue de Kingston réquisitionné pour la nuit — mais par des gens qui dansaient quelques heures par semaine, pas par des gens qui répètent le même rebond quatre cents fois dans un salon. Sur une dalle, aucune absorption : le genou paie.
Travaille sur du parquet si tu en as. Sinon, mets quelque chose entre la dalle et toi : un tapis dense, une moquette qui ne glisse pas, n'importe quoi qui rende un peu. Garde des chaussures à vraie semelle. Pieds nus sur du carrelage, c'est ainsi que les gens sérieux finissent par ne plus s'entraîner.
Deux mètres carrés suffisent. Ce dont tu ne peux pas te passer, c'est de la hauteur : si tu ne peux pas lever les bras complètement, tu rétrécis chaque mouvement sans t'en apercevoir.
Échauffe-toi comme si la danse allait te demander quelque chose
Dix minutes, à chaque séance, sans exception. Le Dancehall est une danse basse, lestée, en rebond permanent : elle sollicite chevilles, genoux et hanches en continu, et demande au dos de bouger dans toutes les directions. Y entrer à froid par un Willie Bounce, c'est la meilleure façon d'apprendre où se trouve ton tendon rotulien.
Monter en température (3 minutes). Marche sur place, roule les épaules, laisse balancer les bras. On cherche de la chaleur, pas de l'effort.
Mobiliser les articulations (4 minutes). Cercles de chevilles dans les deux sens. Squats profonds et lents, talons au sol, aussi bas que tes chevilles le permettent. Cercles de hanches. Isolations de la cage, avant-arrière puis latérales. Rotations d'épaules. La nuque en dernier, lentement.
Réveiller le bounce (3 minutes). Pieds sous les hanches, genoux souples, laisse le corps descendre et remonter sans musique. Pas encore de forme, pas encore de pas.
Garde les étirements longs pour la fin : tenus sur un corps froid, ils diminuent le rebond que tu t'apprêtes à construire.
Le plan de la semaine
Quatre séances, de trente minutes à une heure. Trois suffisent si ta vie est ainsi faite ; en revanche, quatre soirées courtes valent mieux que deux longues.
Séance 1 — Bounce et timing (45 min)
Échauffement, puis trente minutes de bounce seul. Rien d'autre. Trois riddims à des tempos différents, et tu tiens le bounce sur un morceau entier sans t'arrêter — y compris là où tu t'ennuies. L'ennui fait partie du travail : un bounce qui survit à trois minutes est un bounce qui t'appartient.
Termine par cinq minutes d'écoute, pieds immobiles. Nomme la batterie avant de la danser. Un one drop — grosse caisse et caisse claire sur le troisième temps, le premier laissé vide — ne demande pas la même chose au corps qu'un pattern steppers.
Séance 2 — Vocabulaire (60 min)
Échauffement, puis deux pas au maximum. Deux. La tentation, en ligne, est d'en collectionner vingt ; collectionner n'est pas apprendre.
Pour chaque pas, dans cet ordre : le regarder, nommer son créateur et son époque, le découper en comptes, le danser à tempo réduit, puis à tempo réel, puis dans un bounce qui ne s'arrête jamais. Le Bogle, le Log On, le Willie Bounce et le Wacky Dip viennent du même homme : Gerald « Bogle » Levy, du Black Roses Crew, tué par balle à Kingston en janvier 2005, à quarante ans. Le savoir n'est pas un ornement : cela change la façon de porter le pas.
Séance 3 — Riddim et freestyle (35 min)
Échauffement, puis vingt-cinq minutes de danse sans plan. Mets des morceaux que tu n'as pas choisis pour travailler et laisse le vocabulaire sortir seul. Tu vas répéter les quatre mêmes choses et tomber en panne au bout de quatre-vingt-dix secondes ; tout le monde tombe en panne. C'est le retour le plus honnête de la semaine : il te dit quels pas sont vraiment les tiens.
Séance 4 — Filmer et revoir (30 min)
Échauffement, deux prises filmées de tout ce que tu as travaillé, puis un visionnage à vitesse réelle et un au quart de la vitesse. Note une correction. Une seule. Emporte-la dans la séance 2 suivante.
Travailler le bounce correctement
Le bounce n'est ni un hochement de tête ni une flexion de genoux sur le compte. C'est le corps entier qui absorbe le poids et laisse le sol le lui rendre : la remontée tombe sur le contretemps, la pulsation reste dessous.
Trois contrôles à faire seul :
- Le son. On doit entendre tes pieds. Le silence veut dire que tu flottes, et un corps qui flotte n'a rien contre quoi pousser.
- Le sens. Le mouvement part d'un relâchement vers le bas. Si tu pousses vers le haut, tu seras cuit en une minute et cela se verra.
- La durée. Peux-tu parler à voix haute en tenant le bounce ? Si la pulsation te coupe le souffle, elle n'est pas encore dans les articulations.
N'ajoute pas les bras tant que le bounce ne tient pas sans eux. Ils masquent magnifiquement un bounce défaillant : c'est pour cela qu'ils sont l'ennemi à ce stade.
Protéger tes genoux
Le genou est la blessure qui met fin à l'entraînement à domicile, presque toujours pour les mêmes raisons.
Aligne le genou sur le pied. À chaque squat, chaque descente, chaque rebond, la rotule part dans la direction que montrent les orteils. La laisser rentrer vers l'intérieur en charge, des centaines de fois, voilà ce qui crée les ennuis.
Ne verrouille jamais. L'articulation reste souple en haut du rebond. Une jambe tendue qui reçoit du poids envoie le choc directement dans le genou.
Limite les pivots sur un pied planté et chargé. Un genou en charge et un pied qui ne glisse pas font une mauvaise combinaison. Si tu dois tourner, allège d'abord.
Arrête-toi quand c'est aigu. Des courbatures le lendemain, c'est normal. Une douleur dans l'articulation, un gonflement, un genou qui se dérobe, non : cela relève d'un kinésithérapeute ou d'un médecin, pas d'un jour de repos et d'un espoir.
Les habitudes les plus difficiles à désinstaller
- Apprendre la forme et sauter le timing. Un pas copié sur une vidéo sans son contretemps est une photographie de pas : cela ressemble, et c'est faux. En général il tombe avec la batterie au lieu de tomber entre les coups, et cela devient une marche militaire. De loin l'erreur la plus répandue chez les autodidactes.
- Ne travailler que ce qui est confortable. Tout le monde répète de son bon côté. Une séance sur quatre, pars de l'autre.
- Rester au ralenti. Le tempo réduit sert aux premiers passages, ce n'est pas un habitat. Un pas jamais emmené à tempo réel n'est pas appris.
- Apprendre des pas sans leurs noms. Chaque pas porte l'histoire de son créateur, de la culture et des gens qu'il représente. Enlève cela, tu collectionnes des silhouettes.
- Prendre un miroir pour un professeur. Il ne montre que la face avant : rien de ton poids, de ton timing, de ton intention. Le regarder sans arrêt t'apprend à danser pour un visage, pas pour une salle.
Ce que tu ne peux pas obtenir seul
Tout ce qui précède fabrique un corps prêt ; cela ne remplace pas la salle. Tu ne vois pas ton propre timing. Tu ne sens pas depuis ta cuisine ce qu'un public fait à un danseur. Et tu n'apprends pas ce qu'un pas signifie dans une vidéo qui ne nomme jamais celui qui l'a créé. La maison te donne les heures ; la session leur donne une direction.
Entraîne-toi seul toute la semaine pour arriver avec quelque chose à corriger. Viens comme tu es — et viens en ayant fait le travail.
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